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Combien vaut un restaurant en Suisse romande ?

Une fourchette réaliste, la méthode de calcul, et les facteurs qui font vraiment bouger le prix — y compris les deux qui surprennent.

Revu le 20.08.2026

Combien vaut un restaurant en Suisse romande ?

Un fonds de commerce de restauration se négocie couramment entre 30 et 70 % du chiffre d'affaires annuel. Un établissement de quartier tenu correctement se situe plutôt vers le bas de cette fourchette, une adresse de premier passage vers le haut. Cette largeur n'est pas de l'imprécision : elle reflète des situations réellement différentes.

Le chiffre d'affaires seul ne dit pas grand-chose. Deux restaurants qui encaissent 700 000 francs par an peuvent valoir du simple au double, selon la position du bailleur, la rentabilité réelle et la dépendance de l'affaire à celui qui la tient.

C'est pourquoi une estimation sérieuse croise deux méthodes plutôt que d'appliquer un pourcentage unique.

Quelle méthode de calcul utiliser ?

Deux approches, moyennées lorsque le résultat d'exploitation est connu : un pourcentage du chiffre d'affaires propre à l'activité, et un multiple du résultat d'exploitation. Les croiser corrige ce que chacune ignore.

Le pourcentage du chiffre d'affaires est simple et parlant, mais il traite de la même façon une affaire qui dégage 15 % de marge et une autre qui survit à 3 %.

Le multiple du résultat corrige ce défaut — un fonds se paie généralement trois à quatre fois son résultat d'exploitation en restauration — mais il suppose des comptes fiables. Or le droit comptable suisse autorise les réserves latentes et les amortissements accélérés : le résultat remis au fisc n'est pas celui qu'un repreneur doit lire.

Croiser les deux limite le poids de l'erreur de chacune. C'est aussi pourquoi renseigner son résultat d'exploitation resserre nettement une estimation : la fourchette passe d'environ vingt pour cent de largeur à une dizaine.

Quels facteurs font monter ou baisser le prix ?

L'emplacement pèse, mais moins qu'on ne le croit. Le facteur le plus lourd est la position du bailleur sur le transfert du bail. Deux effets surprennent régulièrement les cédants : un bail court avec accord vaut mieux qu'un bail long sans accord, et un chiffre d'affaires très élevé rapporté à la surface peut faire baisser la valeur.

La position du bailleur. Un bail se renouvelle presque toujours quand les loyers sont payés. Ce qui détruit la valeur, c'est un bailleur qui refuse le transfert : sans local, le fonds ne vaut plus que son matériel. Un accord de principe obtenu avant la mise en vente est l'action la plus rentable qu'un cédant puisse entreprendre.

La saturation de la capacité. Un restaurant de 50 m² qui réalise 900 000 francs tourne à un régime que peu de repreneurs sauront tenir, et sans marge de croissance. Le marché paie moins cher une affaire au plafond qu'une affaire qui respire. C'est contre-intuitif, et c'est constant.

La dépendance à l'exploitant. Si le patron est en cuisine tous les jours et que la clientèle vient pour lui, l'acheteur reprend un emploi, pas une entreprise.

La tendance et l'état. Un chiffre en progression sur trois exercices rassure ; un équipement rénové évite au repreneur un investissement immédiat.

Le matériel et le stock sont-ils compris ?

Le matériel d'exploitation fait généralement partie du fonds. Le stock de marchandises s'ajoute au prix, à sa valeur au jour de la reprise, et se compte séparément. Sauf convention contraire entre les parties.

Cette distinction se règle dans le contrat, pas dans l'annonce. Un inventaire chiffré établi avant les discussions évite la renégociation de dernière minute, qui est le principal motif d'échec des transactions à ce stade.

Un exemple chiffré

Restaurant de quartier, 60 places, 720 000 francs de chiffre d'affaires, 96 000 de résultat d'exploitation, 4 900 de loyer mensuel, bailleur sans difficulté connue : une fourchette de l'ordre de 275 000 à 345 000 francs.

Le même établissement en rue de premier passage, avec l'accord du bailleur obtenu, un chiffre en progression et une équipe autonome, dépasse 450 000 francs. L'écart ne tient pas au chiffre d'affaires, identique, mais à tout ce qui l'entoure.

Ces montants sont indicatifs. Ils ne constituent ni une expertise, ni une offre : seule l'analyse de vos comptes permet d'établir une valeur défendable en négociation.